Toujours rabattus sur l'hétérosexualité ou (plus souvent) sur l'homosexualité. En fait, ils n'appartiennent à aucune catégorie. On ne sait pas très bien comment les classer. Eux non plus.
Par Le National
© Roger-Luc Chayer / Le National
Homosexualité masculine dans le couple, le dur apprentissage de la bisexualité au quotidien.
en collaboration avec RGL-Maginfo
Qui sont les bisexuels ? Où sont-ils ? On ne sait pas. C'est une tache blanche sur la carte de la sexualité contemporaine.
Toujours rabattus sur l'hétérosexualité ou (plus souvent) sur l'homosexualité. En fait, ils n'appartiennent à aucune catégorie. On ne sait pas très bien comment les classer. Eux non plus.
Sur 15 ans de sondages sur la sexualité, les bisexuels n'apparaissent jamais !
Ils se cachent tant et si bien qu'ils finissent par disparaître, ayant ainsi une facheuse tendance à l'invisibilité. Tout dans leur comportement vise à l'inexistence.
Ils n'existent pas, tout simplement parce qu'ils cachent leur homosexualité dans leur hétérosexualité, d'où la fureur des homosexuels à leur égard.
Ce sont des planqués, des gens irrepérables qui passent d'une sexualité à l'autre, qui détournent les catégories, trompant tout le monde et s'échappant toujours.
Un peu comme pour la prostitution, il y a les bisexuels occasionnels et les bisexuels à temps continu.
Comme leur nom l'indique, les occasionnels naissent de l'occasion... et disparaissent avec elle. Communautés masculines, métiers du voyage, gens du nomadisme, moments flottants de la vie où on ne sait plus où l'on est, on est en crise, on se cherche : ce sont des gens perdus ou qui ne sont pas encore fixés ou qui traversent les sexes comme ils traversent la vie, toujours d'un point à un autre, entre deux, nulle part.
Les bisexuels installés, au contraire, ont construit leur vie comme une valise à double fond. Ils l'ont échafaudée sur un secret. Etanche. Mènent une vie d'agent double, se font l'espion de leur propre vie.
Tout le problème pour eux consiste à égarer, tromper, échapper, fuir, mentir. Vie de combines, de cachotteries, d'équivoques, de codes.
On comprend alors que pour eux, tout se résume à la question de savoir gérer le temps... et leur agenda.
La bisexualité, en fait, a ceci de fascinant qu'elle n'intègre pas, n'harmonise pas, n'angélise pas les principes masculin et féminin (c'est le contraire exact de l'androgynat, dans le mythe d'Aristophane) : c'est une schize, une tension, une guerre de la sexualité en soi. Et c'est cette tension permanente qui fait de leur vie, comme chez les espions et les traîtres, une énigme ou une imposture.
4,1% d'hommes déclarent avoir eu au moins 1 rapport homosexuel au cours de leur vie (5,9% dans la région parisienne)
Occasionnelle ou régulière, cette bisexualité est très élevée : aux Etats-Unis, 2/3 des hommes ayant eu des pratiques bisexuelles sont mariés ou l'ont été.
Ces chiffres témoignent d'une réalité : l'homosexualité masculine trouble parfois la vie d'un couple hétérosexuel.
Comportement complexe et difficile à assumer, cette ambivalence masculine reste l'expression de la part de l'homme marié :
d'une méconnaissance ou du déni de sa préférence sexuelle;
d'une conformité sociale (profil de carrière, fondation d'une famille : "rentrer dans les rangs").
de bisexualité authentique...
De son côté, la femme, l'épouse, en retire un vif sentiment de trahison, et au-delà, la remise en question de la cohésion familiale.